Devenir propriétaire, c’est souvent présenté comme le moment où on arrête de « jeter de l’argent par les fenêtres » en payant un loyer. Ce que l’on vous dit moins, c’est que la propriété apporte aussi son propre lot de frais récurrents, parfois méconnus avant l’achat. Taxe foncière, charges de copropriété, fonds travaux obligatoire, assurances… Voici un tour d’horizon complet de ce qui vous attend une fois les clés en poche, pour budgéter sans mauvaise surprise.
Et non, ces frais dont beaucoup se plaignent, quand on veut devenir ou quand on est propriétaire ne sont pas ce qui est souvent qualifié à tort, un problème de « riches ». Les frais quand on est propriétaire, sont au contraire des frais qui peuvent être non négligeables. Pour un foyer pourtant modeste. Commençons par le cas le plus classique de la taxe foncière, qui change selon la ville où vous vous trouvez.
La taxe foncière, la charge la plus lourde et la plus sous-estimée
C’est souvent le poste le plus mal anticipé par les nouveaux propriétaires. La taxe foncière sur les propriétés bâties est due par le propriétaire au 1er janvier de l’année d’imposition, même si le bien est loué toute l’année. En moyenne nationale, elle s’élève autour de 1 090 € par logement, mais ce chiffre cache d’importantes disparités locales. La revalorisation forfaitaire des valeurs locatives cadastrales est fixée à +1,7 % en 2025, un rythme plus modéré que les années précédentes (+3,9 % en 2024, +7,1 % en 2023), mais cette hausse s’ajoute aux augmentations votées localement par les communes. Dans certaines villes qui doivent compenser la baisse des dotations de l’État, la hausse effective peut dépasser 10 %.
Bon à savoir : les logements neufs ou ayant fait l’objet d’une rénovation énergétique importante peuvent bénéficier d’une exonération temporaire de deux à trois ans selon la commune, à condition de déclarer l’achèvement des travaux dans les 90 jours auprès de l’administration fiscale.
Pour toute personne qui préfère payer en plusieurs fois plutôt qu’en une seule, notez qu’il est possible de demander la mensualisation de cette taxe. Comme c’est possible pour le prélèvement des impôts sur le revenu.
Les charges de copropriété, quand il y en a une
Si votre logement fait partie d’une copropriété, un second budget régulier s’ajoute à la taxe foncière. Selon l’Observatoire Foncia, les charges de copropriété s’élèvent en moyenne à 1 488 € par lot en 2025, en légère baisse par rapport à 2024 (1 500 €). Ramené au mètre carré, cela représente généralement entre 25 et 40 € par m² et par an selon l’ancienneté du bâti et les équipements collectifs présents (ascenseur, chauffage collectif, espaces verts). Ces charges sont généralement appelées trimestriellement par le syndic et couvrent l’entretien courant : ménage des parties communes, entretien des espaces verts, contrat d’ascenseur, honoraires du syndic, assurance de l’immeuble.
Un point utile si vous louez votre bien : la loi du 6 juillet 1989 vous permet de récupérer une partie de ces charges auprès de votre locataire, ce sont les charges dites récupérables. Les charges non récupérables, elles, restent à votre charge définitive.
Le fonds travaux obligatoire, une réserve que peu de propriétaires anticipent
C’est un point que beaucoup de futurs propriétaires ignorent avant l’achat. Depuis la loi ALUR, toutes les copropriétés doivent constituer un fonds de travaux, alimenté chaque année à hauteur d’au moins 5 % du budget prévisionnel annuel. Ce fonds est distinct du budget courant et ne peut pas servir à financer l’entretien quotidien : il est réservé aux grosses rénovations à venir (ravalement, toiture, mise aux normes) et à l’élaboration du plan pluriannuel de travaux. Concrètement, cela signifie qu’une partie de vos charges de copropriété part chaque année dans une épargne collective forcée, même si aucun travaux n’est prévu à court terme.
Les appels de fonds exceptionnels : ravalement, mise aux normes, améliorations
En plus des charges courantes et du fonds travaux, l’assemblée générale de copropriété peut voter des travaux exceptionnels à tout moment : ravalement de façade (obligatoire tous les dix ans dans certaines villes comme Paris), remplacement de la toiture, mise aux normes électriques ou de sécurité incendie, rénovation énergétique globale. Ces travaux donnent lieu à un appel de fonds spécifique, réparti entre copropriétaires selon leurs tantièmes, et peuvent représenter plusieurs milliers d’euros d’un coup selon l’ampleur du chantier. C’est souvent le poste le plus difficile à anticiper financièrement, puisqu’il dépend d’un vote collectif sur lequel un copropriétaire seul n’a qu’une voix parmi d’autres.
Les assurances : ce qui change selon votre situation
C’est un point souvent mal compris, et pourtant la loi est claire. Depuis le 1er janvier 2015, la loi ALUR impose à tout copropriétaire, qu’il occupe son logement ou non, de souscrire une assurance responsabilité civile. Cette obligation concerne aussi bien le propriétaire qui habite son bien que le propriétaire bailleur dont le logement est loué ou même vacant. L’assurance du syndicat de copropriété ne couvre que les parties communes, jamais votre responsabilité personnelle en tant que copropriétaire.
Si vous êtes propriétaire non occupant (votre bien est loué ou vacant) et que vous êtes en copropriété, cette assurance responsabilité civile est strictement obligatoire. En dehors d’une copropriété, par exemple pour une maison individuelle mise en location, l’assurance propriétaire non occupant (PNO) reste facultative, mais fortement recommandée : sans elle, en cas de sinistre relevant de votre responsabilité (incendie, dégât des eaux), les frais restent entièrement à votre charge.
Ce que vous n’avez peut-être pas encore intégré dans le budget
Au-delà des postes déjà cités, plusieurs obligations concernent tous les propriétaires, en copropriété comme en maison individuelle, et sont facilement oubliées au moment de budgétiser.
L’entretien annuel de la chaudière est une obligation légale, pas une simple recommandation. Le décret n°2009-649 du 9 juin 2009 impose un entretien annuel pour toute chaudière de 4 à 400 kW, gaz, fioul ou bois, qu’elle soit en logement individuel ou en copropriété. Comptez entre 100 et 150 € pour un entretien gaz standard, et plutôt 150 à 250 € pour une chaudière fioul. Si votre logement est occupé par vous-même, cette charge vous revient intégralement ; si vous louez, le décret n° 87-712 classe cet entretien parmi les charges récupérables sur le locataire.
Le ramonage du conduit, distinct de l’entretien, est également obligatoire au moins une fois par an pour les chaudières évacuant par cheminée (deux fois par an pour le fioul et le bois). Comptez entre 30 et 80 € par intervention selon le combustible. Les chaudières à condensation sur ventouse en sont dispensées, seul un contrôle visuel est requis lors de la révision.
La taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) apparaît souvent sur le même avis que la taxe foncière, mais reste juridiquement distincte. Si vous louez votre bien, elle est normalement récupérable auprès du locataire ; si vous êtes exonéré de taxe foncière pour un motif quelconque, cela ne vous dispense pas automatiquement de la TEOM, qui peut rester due séparément.
L’audit énergétique obligatoire à la revente est un frais différé mais réel à anticiper si votre logement est classé E, F ou G : comptez entre 500 et 1 500 € le jour où vous voudrez vendre. On détaille tout ce qu’il faut savoir sur cette obligation, qui logements sont concernés et comment l’anticiper, dans notre article dédié sur l’audit énergétique obligatoire pour la vente en 2026.
Récapitulatif des frais annexes de la propriété
| Frais | Concerne | Montant indicatif | Fréquence |
|---|---|---|---|
| Taxe foncière | Tous les propriétaires | ~1 090 € en moyenne nationale | Annuelle |
| Charges de copropriété courantes | Copropriétaires uniquement | ~1 488 €/lot en moyenne | Trimestrielle |
| Fonds travaux obligatoire (ALUR) | Copropriétaires uniquement | Min. 5 % du budget prévisionnel | Annuelle, intégrée aux charges |
| Appels de fonds exceptionnels | Copropriétaires, selon vote AG | Variable, parfois plusieurs milliers d’euros | Ponctuelle |
| Assurance RC copropriétaire | Copropriétaires (obligatoire depuis 2015) | Quelques dizaines d’euros/an | Annuelle |
| Assurance PNO | Propriétaires bailleurs hors copropriété | Variable (facultative mais recommandée) | Annuelle |
| Entretien chaudière | Tous les propriétaires avec chaudière | 100 à 250 € selon énergie | Annuelle (obligatoire) |
| Ramonage | Chaudières à conduit/cheminée | 30 à 80 € | 1 à 2 fois/an (obligatoire) |
| Audit énergétique (si logement E, F, G) | Vente d’une maison ou monopropriété | 500 à 1 500 € | Ponctuelle, à la revente |
En bref
Être propriétaire est encore souvent un objectif pour des jeunes qui se lancent dans la vie. Car en France, historiquement, l’investissement dans la « pierre » à savoir dans un ou plusieurs biens immobiliers, a longtemps été considéré comme une valeur sûre. Avant tout autre investissement. D’abord pour disposer de son propre bien. Ensuite pour disposer d’un patrimoine à transmettre.
Toutefois, avec la conjoncture économique, l’encadrement légal de l’accès à la propriété et les taux des crédits qui bougent sans arrêt, il n’est pas simple d’accéder à cette fameuse propriété.
Prenons notamment des problématiques trop peu mentionnées dans les médias, comme la prise en compte des revenus des indépendants, très nombreux. Ces revenus peuvent être réguliers et conséquents. Mais parce qu’ils ne rentrent pas dans le cadre du sacrosaint CDI, alors ils ne sont pas toujours acceptés. Ce cas touche d’ailleurs les dossiers de candidats à la location de logements…
Alors la propriété est-elle un long fleuve tranquille sans frais une fois qu’on y accède ? Hélas non !






