Quand on parle de précarité énergétique, on pense presque toujours à l’hiver : un logement mal isolé, une facture de chauffage qui explose, des personnes qui n’arrivent plus à se réchauffer correctement chez elles. Ce sont des situations bien réelles.
Depuis quelques années, un autre phénomène s’installe en silence : l’été aussi, on peut être en précarité énergétique. Parce que rendre un logement plus frais en périodes chaudes ou caniculaires, est difficile voire impossible. Et contrairement à l’hiver, la solution la plus évidente, la climatisation fixe, reste hors de portée pour une grande partie des Français. Que ce soit pour des raisons de budget assez évidentes. Ou d’accès au droit de faire installer une clim fixe (parce que vous êtes locataires ou un(e) proprio en copro qui doit demander et obtenir un accord en assemblée générale…).
Une définition qui ne pense qu’au froid
C’est le point de départ du problème. La précarité énergétique, telle qu’elle est définie officiellement en France, repose sur des indicateurs liés au taux d’effort énergétique et au ressenti du froid dans son logement. Elle ne tient pour l’instant pas compte de la difficulté à maintenir une température acceptable pendant les périodes de forte chaleur. Autrement dit, un ménage qui étouffe littéralement chez lui l’été, sans aucun moyen de se rafraîchir, n’entre dans aucune case statistique officielle, alors même que la France a connu trois vagues de chaleur distinctes entre le début de l’été et la mi-juillet 2026 seulement.
Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le médiateur national de l’énergie et Santé publique France, au moins 35 % des logements français sont aujourd’hui considérés comme des bouilloires thermiques, c’est-à-dire inhabitables pendant les fortes chaleurs. Et selon l’Observatoire national de la précarité énergétique, plus d’un Français sur deux déclare avoir souffert de la chaleur dans son logement pendant au moins 24 heures au cours de l’été. On est loin d’un phénomène marginal.
Passoires l’hiver, bouilloires l’été : le même logement, le même problème
C’est sans doute le constat le plus frappant de ces derniers mois : les 5,2 millions de logements considérés comme des passoires thermiques, impossibles à chauffer correctement en hiver, sont très souvent les mêmes qui deviennent impossibles à rafraîchir en été. Les causes sont identiques des deux côtés du thermomètre : une isolation peu performante, une mauvaise exposition au soleil, l’absence de protections solaires ou de volets adaptés. Un logement mal isolé ne fait pas de distinction entre le froid et le chaud, il laisse passer les deux.
Le phénomène est encore amplifié dans les grandes villes par les îlots de chaleur urbains, ces zones où les températures restent élevées de jour comme de nuit à cause du béton qui stocke la chaleur, du manque de végétation et de points d’eau. Et sans surprise, ces îlots de chaleur se concentrent davantage dans les quartiers populaires, denses, peu végétalisés, où résident aussi le plus souvent les ménages les plus modestes, ceux-là même qui occupent déjà les passoires thermiques hivernales. La double peine est réelle : les mêmes foyers cumulent les deux précarités, hiver et été.
La climatisation, une solution qui reste chère malgré la baisse de TVA
Face à ce constat, la réponse la plus intuitive est d’installer une climatisation fixe. Et depuis juillet 2026, la TVA sur son installation est passée à 5,5 % sous certaines conditions, un geste qui a fait parler de lui. Mais dans les faits, cette baisse ne suffit pas à rendre la climatisation vraiment accessible, pour deux raisons bien distinctes : le prix, et les contraintes administratives qui n’ont, elles, absolument pas changé.
Côté budget d’abord, même avec une TVA réduite, l’addition reste conséquente. Pour un mono-split, la formule la plus simple et la moins chère, comptez généralement entre 1 200 et 2 500 € posé dans un appartement, en fonction de la puissance et de la distance entre les deux unités. Pour un multi-split capable de couvrir plusieurs pièces, l’addition grimpe rapidement entre 3 000 et 7 000 €. Une pompe à chaleur air-air pour toute une maison peut dépasser les 10 000 €. Pour un foyer qui a justement du mal à boucler ses fins de mois, difficile de considérer ça comme une dépense anodine, TVA réduite ou pas.
| Type d’installation | Budget moyen posé |
|---|---|
| Mono-split (une pièce) | 1 200 à 2 500 € |
| Multi-split (plusieurs pièces) | 3 000 à 7 000 € |
| Climatisation gainable | 5 000 à 12 000 € |
| Pompe à chaleur air-air (maison) | 5 000 à 15 000 € |
Locataire ou copropriétaire : deux parcours d’obstacles différents
Et même pour les ménages qui auraient les moyens de payer, le prix n’est que la première barrière. La deuxième, ce sont les autorisations, et elles concernent une immense partie des Français puisqu’elles touchent aussi bien les locataires que les copropriétaires.
Si vous êtes locataire, la règle est claire depuis la loi du 6 juillet 1989 : dès qu’une climatisation fixe nécessite de percer un mur, poser un groupe extérieur ou modifier l’aspect du logement, vous entrez dans le champ des travaux et vous avez besoin d’un accord écrit de votre propriétaire, pas juste d’un feu vert oral. Sans cet accord, vous risquez de devoir tout démonter à vos frais en fin de bail, voire de perdre l’équipement sans indemnisation si un accord écrit prévoyait qu’il reste dans le logement. Seule la climatisation mobile échappe à cette contrainte, mais elle est nettement moins efficace et plus gourmande en électricité qu’une installation fixe.
Si vous êtes copropriétaire, le parcours n’est pas plus simple. Dès que l’unité extérieure touche à la façade, au toit ou à un garde-corps de balcon, ce qui est le cas dans la quasi-totalité des installations, vous avez besoin d’un vote en assemblée générale à la majorité de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965. Il faut donc constituer un dossier avec devis, plan d’implantation et descriptif technique du niveau sonore, le présenter en AG, et espérer obtenir une majorité favorable. Une installation posée sans cette autorisation expose à une obligation de dépose et de remise en état de la façade, même plusieurs années après les travaux, la jurisprudence est constante sur ce point. À cela s’ajoute, si l’aspect extérieur est modifié, une déclaration préalable en mairie, avec un délai d’instruction d’un mois, deux en zone protégée.
Concrètement, ça veut dire qu’un ménage modeste, locataire d’un appartement en copropriété, doit potentiellement cumuler l’accord de son propriétaire ET celui de l’assemblée générale avant de pouvoir simplement installer un climatiseur fixe chez lui. Deux obstacles administratifs qui s’ajoutent au frein financier, alors même que c’est justement ce profil de ménage qui a le plus de chances d’habiter une passoire thermique devenue bouilloire l’été.
Des alternatives qui existent, mais qui ne remplacent pas tout
Face à ces obstacles, plusieurs solutions plus accessibles méritent d’être envisagées avant, ou en complément, d’une climatisation fixe. Le puits canadien exploite la fraîcheur naturelle du sol, sans les contraintes de copropriété d’une unité extérieure visible. Le rafraîchissement adiabatique reste une option économique, particulièrement efficace en climat sec. Et pour équiper un logement dès maintenant sans attendre de gros travaux, notre article sur comment équiper un appartement avant la prochaine vague de chaleur détaille des solutions accessibles à tous les budgets.
Mais soyons honnêtes, aucune de ces solutions ne remplace totalement une climatisation fixe lors d’une canicule sévère et prolongée. Elles permettent de gagner quelques degrés, pas de transformer une bouilloire thermique en logement confortable. La vraie réponse structurelle reste la rénovation énergétique globale du bâti, isolation, protections solaires, végétalisation des abords, et c’est justement ce que réclament plusieurs associations de lutte contre le mal-logement : rendre ces travaux d’adaptation à la chaleur éligibles aux aides comme MaPrimeRénov’, au même titre que les travaux de chauffage l’ont toujours été.
Si votre logement est justement classé E, F ou G, deux articles complètent bien ce sujet : notre guide sur l’audit énergétique obligatoire pour la revente, et notre article sur tous les frais annexes de la propriété, pour avoir une vision complète du sujet avant d’acheter ou de vendre.
Questions fréquentes
Un locataire peut-il installer librement une climatisation mobile ?
Oui, une climatisation mobile qui ne modifie ni les murs ni la façade ne nécessite pas d’autorisation particulière. C’est uniquement la climatisation fixe, avec perçage et unité extérieure, qui demande un accord écrit du propriétaire.
Faut-il vraiment un vote en assemblée générale pour installer une clim en copropriété ?
Oui dès que l’unité extérieure touche une partie commune, façade, toiture ou garde-corps de balcon visible. Le vote se fait à la majorité de l’article 25. Une installation sans cette autorisation peut être condamnée à être démontée, même des années après.
La précarité énergétique d’été est-elle reconnue officiellement en France ?
Pas encore complètement. La définition officielle actuelle se concentre sur le ressenti du froid et le taux d’effort énergétique, sans intégrer les difficultés à se rafraîchir en été. Plusieurs associations demandent une évolution de cette définition.
En bref…
La précarité énergétique change de visage. Ce n’est plus seulement l’impossibilité de se chauffer l’hiver, c’est aussi celle de se rafraîchir l’été, dans les mêmes logements mal isolés et souvent chez les mêmes ménages modestes. Et la solution la plus évidente, la climatisation fixe, reste hors de portée pour beaucoup, entre un budget qui dépasse largement le millier d’euros même avec la TVA réduite, et des démarches administratives, accord du propriétaire pour les locataires, vote en assemblée générale pour les copropriétaires, qui peuvent prendre des mois. En attendant une vraie prise en compte de ce phénomène dans les politiques de rénovation énergétique, les solutions d’appoint et l’adaptation progressive du logement restent, pour beaucoup, la seule option réaliste.






